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Montparnasse à Shanghai

Genèse de la peinture occidentale à Shanghai

Shanghai est une ville cosmopolite, placée au carrefour des cultures.Enseignement, littérature, arts, débat intellectuel, tous les domaines mêlent influences occidentales et expériences chinoises. Des artistes chinois se rendent en France, étudient dans les universités, et, de retour à Shanghai créent ou animent des académies de Beaux-Arts qui sont autant de sources de diffusion des techniques picturales françaises.

Les jésuites rendent possible la création artistique

C'est aux jésuites que l'on doit la création d'un véritable Centre d'art et d'artisanat occidental, avec les activités qu'ils développent dans le cadre de l'orphelinat créé en 1865 , à Zikawei. Les religieux et leurs élèves y réalisent des tableaux, des travaux d'orfèvrerie, du mobilier, des vitraux pour divers établissements laïques ou missionnaires, tandis qu'une imprimerie édite ouvrages savants et gravures populaires.Des artistes chinois peuvent y suivre des cours de dessin et d'anatomie, rompant ainsi avec la tradition de la peinture nationale.

Zhou Xiang, le pionnier de l'occidentalisme shanghaien

Un fonctionnaire, Zhou Xiang, qui a fui en France après l'échec du mouvement réformiste des Cent Jours, fonde, à son retour, en 1910, sa propre école qui formera les pionniers de l'occidentalisme shanghaien. L'un de ses élèves, Liu Haisu, crée à seize ans, en 1912, dans la concession française, l'ancêtre des écoles modernes des Beaux-Arts, une académie dont les méthodes d'enseignement s'inspirent de celles en vigueur à Paris. Par ailleurs, le système "travail-études" mis en place sous l'impulsion de Cai Yuanpei, futur ministre de l'instruction publique, promeut l'envoi de jeunes étudiants chinois en France, entre 1911 et 1930, et leur apporte un soutien financier et moral.

Les nouveaux maîtres de l'art moderne chinois

Formés en Europe, Jupéon (Xu Beihong), qui devient après 1926, le directeur de l'Ecole des Beaux-arts de Pékin et Lin Fong-min (Lin Fengmian), qui dirige dès la fin des années vingt la toute nouvelle académie nationale des Beaux-arts créée à Hangzhou, s'affirment comme les maîtres de l'art moderne en Chine. Lin Fengmian y prône la synthèse entre la tradition de la peinture nationale et la modernité découverte en Occident, soit le renouvellement des sujets et des techniques.

A Shanghai, des amateurs d'art français achètent nombre de ses oeuvres De cette prestigieuse école sont issus les peintres Zao Wou-ki (Zhao Wouji), Chu Teh-chun (Zhu Dequn), Chao Chung-hsiang (Chao Chunxiang) et Wu Guanzhong.

En 1929, à lieu la première exposition du Shanghai Art Club au collège municipal français, ancien club sportif. Par la suite les graphistes, peintres, sculpteurs, architectes - dont l'agence Léonard et Veysseyre - y présenteront régulièrement leurs œuvres.

Reconnaissance de la Xihua, peinture de l'Occident

En 1929, toujours au collège municipal français, est réalisée la première exposition internationale des Beaux-arts où la peinture influencée par l'Occident, la xihua est officiellement présentée aux côtés de la peinture nationale chinoise, guohua ou zhongguohua.

Des artistes engagés

C'est au sein même de l'École des Beaux-arts de Hangzhou, où enseigne Lin Fengmian, qu'apparaît, en 1929, le groupe des artistes " de l'An 18".
Rejetant le principe "de l'art pour l'art" , ces artistes veulent utiliser l'art de l'estampe pour dénoncer l'injustice sociale. Expulsés pour activités communistes, ils s'installent à Shanghai.

Le mouvement est fortement influencé et soutenu par le grand écrivain et polémiste, Lu Xun qui, engagé dans la lutte révolutionnaire, vient de contribuer à fonder la Ligue des Écrivains de Gauche (1930). Pour lutter contre l'injustice et faire naître l'espérance d'un monde nouveau, Lu Xun préconise le recours à la gravure sur bois, technique artisanale pratiquée traditionnellement en Chine, et l'emprunt à l'occident de techniques picturales inspirées du réalisme soviétique ou de l'expressionnisme allemand.

" Pour produire de meilleures gravures sur bois nous devons nous référer aux reliefs en pierre de la dynastie des Han et aux illustrations des Ming et des Qing. Il faut également attacher de l'importance aux estampes du Nouvel An tant appréciées des masses populaires, tout en les associant aux techniques européennes modernes ", écrit-il en 1935.
Cette nouvelle tendance correspond à l'évolution sociale : traditionnellement, les artistes chinois sont des lettrés confucéens que l'art de la calligraphie a conduits à la peinture. Dès le début du XXe siècle, la situation du lettré-fonctionnaire se détériorant, une majorité d'entre eux s'est engagé dans le processus révolutionnaire et a renoncé aux études classiques pour un combat intellectuel à portée sociale et politique.

L'intervention de Paul Vaillant-couturier

Au début des années 1934, Paul Vaillant-couturier, écrivain et journaliste, président de l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires, propose à Pierre Vorms qui dirige la galerie Billier-Pierre Vorms d'accueillir une quinzaine de peintures à l'huile et 58 gravures de petit format provenant de Chine.
L'exposition "Peintres et graveurs de la Chine révolutionnaire" est présentée à Paris du 14 au 29 mars 1934, puis la même année à Lyon, du 14 avril au 29 mai.
Après 1937, le mouvement de la gravure sur bois prend un caractère national suite à la constitution d'un Front uni unissant temporairement Guomindang et Parti communiste contre l'agresseur japonais.
La Société Chinoise de Recherche sur la Gravure sur Bois, fondée en 1942, manifeste une intense activité d'expositions, de publications et d'enseignement sous la responsabilité d'artistes comme Li Hua ou Wang Qi.

En 1948, 171 gravures sur bois issues de la collection de l'Association chinoise des Graveurs sur Bois sont remises à la France, grâce à l'intervention de Qong Qinglin, veuve de Sun Yat-Sen.
Elles sont actuellement conservées au musée d'Histoire contemporaine, à Paris (Hôtel des Invalides).

Informations et archives du ministère des Affaires étrangères

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